Idalina

Idalina
Idalina

Hola, je suis Idalina. Je viens d’Espagne.

J’adore la musique. Et toi?

Plus tard, je serai une super chanteuse.

J’ai fait une rencontre qui a changé ma vie. Découvre mon aventure dans mon livre !

La dame en question était installée derrière
une table. Manuel lui donna le nom d’Idalina
Flores et reçut un numéro en échange.
Idalina observa les enfants assis sur des
bancs. Certains s’isolaient de l’extérieur
en écoutant leur lecteur MP3. D’autres
essayaient de se concentrer en relisant
le texte de leur chanson.
   - Tu passes en quatrième,
   lui annonça Manuel. Je n’ai pas le droit
   de rester. Il paraît que ça perturbe les
   candidats… Je dois attendre dans la salle
   au fond du couloir. Ça ira ?
   - Ben oui, répondit Idalina en haussant
   les épaules.
Manuel la quitta à regrets. Enfin, au moins la
petite n’avait pas l’air inquiète… Idalina mit
son sac sur les genoux et l’ouvrit. Elle sourit
en apercevant la paire de castagnettes. Elle
avait oublié de les enlever après son cours

avec la Señora Baras. Elle apprenait à chanter
a capella* avec pour seul aide le rythme
donné par le claquement des castagnettes.
C’était un exercice difficile parce que la
moindre erreur ne pardonnait pas. Aucune chance
de se rattraper grâce à la mélodie jouée par
les instruments de l’orchestre ! Soudain
prise d’un doute, Idalina regarda autour
d’elle. Et que vit-elle ?
Là, la partition d’une chanson de Pastora
Pavón, ici un CD de Camaron de la Isla**…
Idalina se leva pour demander à la dame :
   - S’il vous plaît, Señora, est-ce qu’on est
   obligé de chanter du flamenco ?
   - Bien sûr que non.
La dame appela un nom. L’audition
commençait. Idalina retourna à sa place
et contempla son CD… de Nina Pastori.

*a capella : (de l’italien) chanter sans accompagnement instrumental.
**Camaron de la Isla : chanteur et guitariste de flamenco, connu dans le monde entier.

Beaucoup d’autres concurrents avaient
choisi le même genre de musique qu’elle !
Idalina plongea la main dans son sac et
toucha les castagnettes. Elle ferma les yeux.
Elle pensa à la Senora Baras qui avait su lui
donner confiance en elle. Et rien que pour
faire honneur à son professeur, Idalina prit
une décision. Une décision folle !
   - Idalina Flores ! C’est votre tour.
   Vous pouvez entrer directement.
Idalina acquiesça et poussa la porte qu’on lui
indiquait. Derrière une longue table étaient
assises cinq personnes. Devant eux, il y avait
un paquet de feuilles et des stylos. Oui, c’était
du sérieux, le concours de l’Académie Berg…
quelque chose !
   - Donc, tu es Idalina Flores, dit un monsieur
   avec des lunettes. Tu as ton CD ?
   - Je n’en ai pas besoin, répondit Idalina.
Un des hommes qui était en train d’écrire

redressa la tête. Idalina
montra les castagnettes.
Elle passa les deux boucles
de chaque castagnette
autour de ses pouces. Pour
jouer, on utilise les autres doigts de la main
droite, l’un après l’autre : un, deux, trois,
quatre. La main gauche ne frappe que le
cinquième coup, « le battement du cœur »
comme l’appelait tante Luz.
   - On ne va pas m’arrêter en plein milieu,
   hein ? demanda Idalina. Parce qu’une fois,
   ça suffit…
   - Je ne suis pas sûr de comprendre ce que
   tu veux dire, répondit le monsieur avec
   les lunettes, mais si tu ne dépasses pas
   dix minutes, ça ira ! Que vas-tu chanter ?
   - Hijo de la luna, déclara Idalina.
Elle respira profondément comme lui
avait conseillé la Señora Baras. Dans sa tête,

elle entendait la voix de Montserrat Caballé,
la plus grande « diva » espagnole. Et un, deux,
trois, quatre, cinq sur les castagnettes…
Idalina raconta la légende du fils de la lune,
hijo de la luna… Grâce à l’aide de la lune, une
gitane épouse l’homme qu’elle veut. Mais
en échange, elle doit confier son premier
enfant à la lune. La femme accouche d’un
garçon à la peau trop blanche pour un gitan.
Le mari furieux croit que sa femme l’a
trompé et il la tue. Puis il abandonne
l’enfant en haut de la colline…
« Dime, luna de plata… dis-moi, lune d’argent,
que prétends-tu faire avec un enfant de chair ?
Fils de la lune… Et les soirs où la lune sera pleine,
ce sera parce que l’enfant est heureux et si
l’enfant pleure, la lune décroîtra pour lui faire
un berceau… »
Les larmes coulaient sur les joues d’Idalina.
Elle ne chantait pas, non, elle vivait

l’histoire en la chantant ! Les examinateurs
ne bougeaient pas d’un poil et regardait
fixement Idalina. Le monsieur qui écrivait
était resté immobile avec son stylo en l’air.
Les doigts d’Idalina ralentirent leur frappe
sur les castagnettes. Un, deux, trois, quatre…
cinq. Et le cœur s’arrête de battre… Idalina
respira à nouveau profondément. Quel
silence dans la pièce ! Idalina salua.

A capella (en italien) :
chanter sans accompagnement
instrumental.

Adiós (en espagnol) :
adieu, au revoir, salut.

Buenas tardes (en espagnol) :
bonjour (dans l'après-midi).

Casetas (en espagnol) :
tentes en toile rayée.

Diga (en espagnol) :
allô.

Dime, luna de plata (en espagnol) :
« dis-moi, lune d'argent ».

Esperanza (en espagnol) :
espérance.

Feria (en espagnol) :
fête locale annuelle en Espagne
et dans le sud de la France, caractérisée
par des corridas et des lâchers
de taureaux dans les rues.

Flamenco (en espagnol) :
musique et danse populaires
d'Andalousie

Flores (en espagnol) :
fleurs.

Gazpacho (en espagnol) :
soupe froide à base de tomates,
de poivrons et de concombres.

Hijo de la luna (en espagnol) :
fils de la lune.

Hola (en espagnol) :
bonjour, salut.

Mamá (en espagnol) :
maman.

Roscón de Reyes (en espagnol) :
la galette des Rois espagnole,
comme une brioche.

Señor (en espagnol) :
monsieur.

Señora (en espagnol) :
madame.

Tablao (en espagnol) :
sorte de cabaret où ont lieu
des représentations de flamenco.